Lorsqu’un débat public se termine, les réactions à l’égard du modérateur peuvent être très différentes.
Certains participants viennent le remercier. D’autres peuvent lui reprocher d’avoir été « trop gentil », trop strict, de ne pas avoir suffisamment recadré une intervention ou, au contraire, d’avoir donné trop de place à certaines prises de parole.
Ces réactions font partie du métier.
CAR LE RÔLE D’UN MODÉRATEUR N’EST PAS DE FAIRE L’UNANIMITÉ. IL N’EST PAS NON PLUS DE CONVAINCRE LE PUBLIC, DE DÉFENDRE UN PROJET OU D’ARBITRER QUI A RAISON ET QUI A TORT.
Son rôle est ailleurs : créer les conditions permettant à un débat de réellement avoir lieu.
Les sujets abordés lors des réunions que nous accompagnons chez AFP Pro sont rarement anodins.
Projets immobiliers, éoliens, industriels ou énergétiques, aménagement du territoire, mobilité, environnement… Ces dossiers peuvent générer des attentes et des espoirs, mais aussi des interrogations, des inquiétudes et parfois des oppositions très fortes.
Dans ce contexte, chercher à éviter les désaccords serait une erreur.
Une réunion publique n’est pas réussie parce que tout le monde repart convaincu. Elle l’est lorsque les participants ont réellement eu la possibilité de comprendre le projet, de poser leurs questions et d’exprimer leurs préoccupations.
Y compris les plus difficiles.
Organiser la parole sans la confisquer
Modérer ne consiste donc pas simplement à distribuer un micro ou à annoncer les différents intervenants.
Le modérateur doit veiller à l’équilibre des échanges : permettre aux questions de s’exprimer, éviter qu’une personne monopolise le débat, maintenir un cadre respectueux et donner aux porteurs du projet la possibilité de répondre clairement.
Cela implique parfois de recadrer, parfois de reformuler une question, parfois de rappeler les règles du débat. Et parfois, simplement, de laisser quelques minutes à une personne pour exprimer une inquiétude qui mérite d’être entendue.
L’objectif n’est jamais d’empêcher le désaccord. Il est d’éviter que celui-ci empêche le dialogue.
Une bonne modération commence avant la réunion
La qualité d’un débat ne se joue d’ailleurs pas uniquement le soir de la réunion.
En amont, il faut comprendre le dossier, identifier les sujets susceptibles de susciter des questions, connaître les différentes parties prenantes et anticiper les points sensibles.
Cette préparation permet au modérateur de comprendre rapidement les enjeux qui émergent pendant les échanges, de reformuler correctement les questions et de maintenir un fil conducteur compréhensible pour l’ensemble du public.
Dans les dossiers sensibles, cette connaissance préalable du contexte est essentielle.
Quand peut-on considérer qu’une réunion est réussie ?
Après plusieurs années passées à modérer des réunions publiques sur des sujets parfois particulièrement sensibles, un constat revient régulièrement : une réunion réussie n’est pas nécessairement une réunion calm, ni une réunion à l’issue de laquelle tout le monde est d’accord.
C’est une réunion où les questions difficiles ont pu être posées, où des réponses ont pu être apportées publiquement, où les désaccords ont pu être exprimés sans empêcher les autres de parler et où chacun peut repartir avec le sentiment d’avoir été entendu.
Être responsable de la qualité du débat
Au fil des réunions, les participants prennent parfois le temps de partager leur ressenti. Certains retours sont critiques. D’autres sont particulièrement encourageants et soulignent que la manière dont le débat a été organisé a permis des échanges plus sereins, plus respectueux ou simplement plus utiles. Tous méritent d’être entendus.
Parce qu’ils rappellent une réalité fondamentale du métier de modérateur :
Le modérateur n’est pas responsable de l’issue du débat.
Il ne peut pas garantir l’adhésion du public. Il ne doit d’ailleurs pas la rechercher. En revanche, il porte une responsabilité importante : celle de la qualité du débat et des conditions dans lesquelles celui-ci peut avoir lieu.
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